Estimer une alcoolémie à 2 g/L par le calcul donne un ordre de grandeur, pas un diagnostic. La formule de Widmark, utilisée par la plupart des simulateurs en ligne, repose sur le volume d’alcool ingéré, le poids corporel et un coefficient de diffusion qui varie selon le sexe.
À ce niveau de concentration dans le sang, l’écart entre l’estimation théorique et la réalité mesurée par un éthylomètre homologué ou une analyse sanguine peut être significatif. Comprendre comment fonctionne ce calcul, ce qu’il ne dit pas et ce qu’il faut faire face à une personne visiblement en danger : voilà les trois axes que cet article détaille.
Formule de Widmark et variables du calcul d’alcoolémie
La formule de référence pour estimer le taux d’alcool dans le sang s’écrit : T = (V x t x 0,8) / (Cd x m). V représente le volume de boisson en millilitres, t le degré d’alcool de la boisson, 0,8 la densité de l’alcool, m le poids en kilogrammes et Cd le coefficient de diffusion.
Ce coefficient de diffusion est fixé à 0,7 pour un homme et 0,6 pour une femme. L’écart entre les deux valeurs explique qu’à consommation identique, une femme atteint un taux d’alcoolémie plus élevé qu’un homme de même poids.
| Variable | Description | Valeur type |
|---|---|---|
| V | Volume de boisson (mL) | Variable selon le contenant |
| t | Degré d’alcool de la boisson | 5 % (bière), 12 % (vin), 40 % (spiritueux) |
| 0,8 | Densité de l’éthanol | Constante |
| Cd | Coefficient de diffusion | 0,7 (homme) / 0,6 (femme) |
| m | Poids corporel (kg) | Variable |
La notion de verre standard simplifie le raisonnement. Chaque verre standard, qu’il s’agisse d’un demi de bière, d’un verre de vin ou d’une dose de spiritueux servi dans un bar, contient environ la même quantité d’alcool pur. Avant de calculer 2 grammes d’alcool dans le sang, il faut donc convertir chaque consommation en verres standard, faute de quoi l’estimation n’a aucune fiabilité.

Écart entre estimation théorique et mesure réelle à 2 g/L
Un simulateur en ligne applique la formule de Widmark de manière linéaire. Il ne tient pas compte de la vitesse d’ingestion, du contenu de l’estomac ni de la variabilité métabolique individuelle. Deux personnes de même sexe et de même poids, ayant bu la même quantité, peuvent afficher des taux réels très différents.
La mesure de référence reste l’éthylomètre homologué ou l’analyse sanguine. Un calculateur personnel ne constitue pas une preuve et ne permet pas de décider si l’on peut reprendre le volant.
Autre source de confusion fréquente : l’unité de mesure utilisée. L’alcoolémie s’exprime en grammes par litre de sang (g/L) ou en milligrammes par litre d’air expiré (mg/L). Le seuil légal de 0,5 g/L correspond à 0,25 mg/L d’air expiré. Comparer une valeur dans une unité à un seuil exprimé dans l’autre fausse totalement l’interprétation du résultat.
Facteurs que la formule ignore
- La prise de médicaments, qui peut modifier le métabolisme hépatique de l’alcool et amplifier ses effets à dose égale
- L’état de fatigue ou de déshydratation, qui aggrave les symptômes sans modifier le calcul théorique
- La vitesse d’ingestion : boire la même quantité en une heure ou en quatre heures ne produit pas le même pic d’alcoolémie, même si le total absorbé est identique
- Les différences individuelles dans la fonction hépatique, qui rendent toute estimation par formule approximative
Reconnaître une urgence à 2 g/L : agir avant de calculer
Quand une personne présente des signes compatibles avec une alcoolémie autour de 2 g/L, le réflexe du calcul est contre-productif. La priorité est clinique, pas arithmétique.
Une personne impossible à réveiller, inconsciente ou qui respire de façon anormale nécessite un appel immédiat au 15 ou au 112. Le risque de coma éthylique existe à ce niveau d’alcoolisation, et la frontière entre ivresse sévère et détresse vitale n’est pas toujours visible pour un entourage non formé.
Signes d’alerte qui justifient un appel d’urgence
- Perte de conscience ou impossibilité de maintenir la personne éveillée malgré des stimulations
- Respiration lente, irrégulière ou bruyante (moins d’une inspiration toutes les quatre à cinq secondes)
- Peau froide, moite, ou coloration bleutée des lèvres
- Vomissements chez une personne semi-consciente ou allongée sur le dos (risque d’inhalation)
En attendant les secours, placer la personne en position latérale de sécurité réduit le risque d’étouffement. Ne jamais tenter de la faire vomir, ne pas lui donner de café ni de douche froide : aucune de ces pratiques n’accélère l’élimination de l’alcool.

Élimination de l’alcool : pourquoi le calcul du délai est trompeur
Le corps élimine l’alcool à un rythme qui varie d’une personne à l’autre. Les simulateurs proposent souvent une estimation horaire, mais cette valeur moyenne masque des écarts réels parfois très larges.
Se sentir mieux après avoir dormi ne prouve pas que l’alcoolémie est revenue à zéro. Le sommeil ne modifie pas la vitesse d’élimination hépatique. Une personne qui s’endort avec un taux élevé peut se réveiller encore au-dessus du seuil légal sans en avoir conscience.
Pour un conducteur, la seule vérification fiable reste l’éthylotest chimique ou électronique, utilisé au bon moment. En période probatoire, le seuil descend à 0,2 g/L, soit zéro verre d’alcool en pratique, ce qui élimine toute marge d’estimation.
Le calcul d’alcoolémie fournit un repère utile pour comprendre la relation entre consommation et taux sanguin. À 2 g/L, ce repère atteint ses limites : la marge d’erreur de la formule, la variabilité individuelle et la gravité potentielle de la situation rendent le résultat d’un simulateur secondaire face à l’observation directe de la personne et, si nécessaire, à l’intervention des secours.
